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El Hadj Diallo alias Elzo Jamdong est un phénomène du mouvement hip hop sénégalais. Sa plume, son flow et son style le peignent comme un musicien de grande influence, d’artiste complet à l’image d’un Faada Freddy. Un exemple de réussite musicale qu’il voudrait bien imiter. Rencontre avec ce rappeur natif du Plateau de Dakar, « un petit bonhomme » qui veut aller loin…

Qui est Elzo Jamdong ?
Un Sénégalais né El Hadj Diallo, Elzo Jamdong est mon nom artistique. Natif de Dakar en 1987, précisément au centre-ville,  j’ai fréquenté le collège Cathédrale de Dakar  jusqu’à l’obtention de mon baccalauréat. C’est à la suite que je suis parti à l’étranger, notamment en  France où j’ai eu ma Licence en Langues étrangères, ensuite  mon Master en Commerce international. Je suis à l’aise tant  avec la langue de Kocc Barma que celle de Molière et autant avec  l’anglais et l’espagnol. La fin du cursus universitaire est  (rires) mon visa de la musique. Bref, c’est cela Elzo, un petit bonhomme.

Depuis quand faites-vous de la musique ?
Je ne pourrai pas le dire, car j’ai toujours fait de la musique, je me suis toujours amusé à écrire des textes. Mais, je dirai que c’est en 2009 que j’ai fait quelque chose de sérieux avec mon groupe, Jamdong. La passion, le fait d’avoir baigné dans le hip hop depuis tout petit, par le biais des grands de mon quartier ainsi que les chaines musicales, m’ont inculqué la culture urbaine. Donc, j’avais un groupe de rap comme tout jeune passionné, monté avec des amis du quartier. Ce, avant d’aller en France pour étudier et de former le Jamdong dans lequel on m’a connu. Le concept de Jamdong est la paix, la paix seulement, parce que le premier pilier du hip hop, c’est la paix, « peace, love… ». Jamdong est un patois jamaïcain qui veut dire Jamaïque. Nous étions tous passionnés de reggae…  Nous avons calqué au  contexte sénégalais pour que cela ait une consonance locale, voire wolof, d’où « Jam dong » (la paix seulement).

Comment vos parents et votre entourage ont-ils réagi à vos débuts ?
Réticents comme tous les parents, car les études passaient avant tout ; c’était  prioritaire. C’est quand j’ai terminé mes études, en 2014, que j’ai sorti mon premier projet solo, et le petit succès que cela a eu a été mon visa (rires). Quand j’ai décidé d’y aller à fond, tout le monde a vu la forte passion en moi. Dès lors, personne ne pouvait plus m’empêcher d’y aller.

Vous avez préféré la scène au travail dans un bureau ?
Déjà à titre personnel, assumer que j’étais dans le monde de l’art, du show  business, et que c’est de cela que je compte vivre, n’était pas très facile. Par exemple, quand je tournais le clip de « Mélominds », en 2013, j’étais en stage de fin d’études.  Quand je partais au bureau habillé en costume, j’avais dans mon sac mes chaussures « Air Jordan », un pantalon patchwork (ndiakhass en wolof) avec une casquette aux couleurs nationales où était écrit « Black Rebel » et un T-shirt. Et je suis allé bosser dans une entreprise Pvc en tant qu’acheteur… Dans l’entreprise, même les gens qui me côtoient ne pouvaient s’imaginer que je rappe. A la fin de la journée à 18h, quand je devais rencontrer mon vidéo-maker pour le tournage, il fallait que je trouve un endroit dans la rue pour me changer : passer de ma tenue classique à celle de rappeur. J’ai trouvé un bar où j’ai dû payer un café que je n’ai même pas bu, juste pour avoir accès aux toilettes pour me changer. La transition faite, il m’a fallu monter sur scène, voir des gens répéter mes paroles par cœur, pour que je me dise Elzo t’es dedans. Tu es un chanteur, tu es dans la musique, tu draines des foules. C’est là que j’ai assumé mon lancement.

Vous avez chanté « Plateau, capitale de la capitale », un hommage à votre fief ?
J’ai fait « Taupla », un son pour rendre hommage à mon quartier dont je suis fier d’appartenir. Je suis le premier rappeur venu du Plateau qui a eu cette petite exposition. Cela fait aussi partie du hip hop de représenter son fief ; chacun proclame sa base comme étant le meilleur coin, les gens sont les meilleurs, bref, c’est en eux que tu crois, parce que c’est ton environnement immédiat et influant. Et je dis dans la chanson que « Dakar est la capitale du Sénégal, mais Plateau, c’est la capitale de Dakar ». Et même si je n’étais pas rappeur, j’allais proclamer Plateau comme capitale de la capitale, car chacun apprécie chez soi plus que tout. Ce qui est valable pour un habitant de Pikine, Guédiawaye, etc. Plateau, c’est vraiment le cœur de Dakar. J’y décris ma jeunesse, mes influences et vécus du hip hop.

Le « Fils de Plateau » connait-il  réellement les maux de la société, les inondations, délestages… ?
Nous vivons tous au Sénégal, sous le même ciel, dans le même territoire. Nous vivons les mêmes problèmes ; les délestages et autres n’épargnent personne. Les gens ont une vision du centre-ville à cause des grands immeubles, mais ne peuvent pas savoir les réalités. En ce sens, il faudrait que quelqu’un comme moi, qui chante dans un wolof de wolof, pour faire savoir qu’on ne l’a pas écrit pour moi. Je ne le force pas. J’ai un vécu à ma manière et il ne peut pas être comparable à celui d’un résident de Tambacounda ou Kaolack. Cependant, ces derniers peuvent s’identifier à ce que je fais jusqu’à ce qu’ils consomment ma musique. La preuve est que j’ai un public élargi jusque-là bas. Quand c’est vrai en toi, la crédibilité s’acquière sans problème, d’autant plus ce qui sort du cœur retourne au cœur. La crédibilité, c’est que l’on sache que ce que tu racontes est ton véritable vécu. Le problème que beaucoup de rappeurs ont, c’est de s’inventer une vie de gangster, de thugs, etc.

Vous avez chanté aussi « Roy ci mom », quelles sont vos références ?
Tout d’abord, c’était un hommage à ma mère, mais le champ est plus élastique. J’y évoque nos valeurs en tant qu’Africains, en tant que Sénégalais. Des valeurs familiales, la force de la famille qui est la base de tout. Nous avons une société paternaliste où les oncles, les grand-mères, en somme toute la famille, ont des droits sur toi ; allant même jusqu’aux personnes externe à la famille. Le fait de me retrouver seul à l’étranger, d’avoir la nostalgie de ma famille… m’a permis d’apprécier nos richesses culturelles à leur juste valeur. Et ceci a impacté aussi la conception de ce titre. C’est un son très personnel où je rends hommage à mère, mon défunt père, toute la famille ; ces gens qui nous permettent de ne pas perdre nos repères sur tous les plans.

Comment Elzo Jamdong définit-il son style musical ?
Le rap, c’est ma base, mais j’aimerais pouvoir être considéré comme un artiste à part entière. Je donne l’exemple de quelqu’un comme Faada Freddy qui a commencé avec du rap et fait, aujourd’hui, du gospel. C’est quelqu’un que j’aime citer, car cette évolution est à saluer et c’est un bel exemple. Il a montré qu’être rappeur un jour ne veut pas dire l’être à jamais. Un artiste doit évoluer, faire ce qu’il ressent… Le meilleur, c’est que son public de base évolue toujours avec lui, malgré le changement de style. Son art a grandi avec lui, et c’est  ce que j’aimerai faire si le destin me le permet.

Quelles sont vos influences musicales et thématiques ?
La musique reggae, le rap de manière général, qu’il soit ancien, contemporain…  je me sers aussi beaucoup de mes souvenirs, mon enfance… Mes sujets de prédilections majeures : les faits sociaux, la vie urbaine de Dakar, les soirées hip hop de Dj Makhtar où j’allais et à qui je rends souvent hommage. Dans le dernier album aussi, je me suis axé sur les « ennemis proches », comme quoi  l’homme noir est l’ennemi de l’homme noir. Comme je disais, avant de chercher la critique loin, le premier ennemi est son frère d’à côté. Je ne dirai pas que la colonisation et autres n’ont pas eu d’effets néfastes, mais on en a assez parlé,  c’est dépassé. Est à l’ordre du jour les Noirs qui bloquent ceux qui essayent de se frayer leur chemin. Ce sont des Noirs qui ont tué Malcom X, Patrice Lumumba…  Au lieu d’amener un malade à l’hôpital, ils attendent sa mort pour facturer ses dépenses funéraires.  Parlons des gens qui vont marabouter d’autres, de l’excision, de la polygamie. J’ai même un son inspiré d’« Une si longue lettre » parce que Mariama Bâ parle des maux de la société.

Quels sont vos rapports avec les rappeurs, l’ancienne et la nouvelle génération ?
Je n’ai que de bonnes relations avec tout le monde. A mon dernier concert, j’avais invité Akhlou Brick Paradise, Dip Dound Guiss, Nix et Matador, pour ne citer que ceux-là. J’ai de bonnes relations avec la crème, de l’ancienne génération comme la nouvelle. J’ai fait écouter mon album à Ndongo D, Xuman et Keyti avant tout le monde, en guise d’hommage aux ainés. Et aujourd’hui, quand on partage des scènes, des réflexions… avec des gens que j’écoutais seul dans ma chambre et qu’aujourd’hui on se parle comme collègues simplement, cela témoigne d’une évolution et aussi que tout est possible. Leur humilité m’encourage également.

Le public peut-il s’attendre à des tournées nationales ?
J’ai fait Ziguinchor, Saint-Louis et Thiès l’année dernière. Cette année, j’ai plus fait des concerts à l’étranger, mais c’est au programme de faire des régions du Sénégal où je ne suis pas encore parti et aussi de faire les pays voisins comme le Mali et la Mauritanie d’ici à 2017.

Quels sont vos projets ?
L’objectif, c’est faire partie des artistes influents aux grandes réalisations. Le dernier album que j’ai sorti sous forme de bracelet Usb répond à ce dynamisme d’innovation. Quand les autres ont leurs albums dans les bacs, le mien est sur les poignets. Que tout le monde fasse la même chose ne fait pas évoluer les choses, que chacun apporte sa pierre à l’édifice. J’ai ma propre vision, mon propre style, mon flow, pourquoi ne pas avoir mon propre type d’albums par rapport à l’évolution des digitales.  Au Sénégal, les gens sauront que je suis l’initiateur de ce concept. Mais demain, un de plus célèbre qu’Elzo peut l’adopter et tout le monde va le lui associer. Alors qu’auparavant je l’ai adopté en 2016. Heureusement qu’un petit public l’archivera dans leurs anales. Il faut que nous soyons fiers davantage, que les gens saches que l’on a tout et que nous croyons en nous. En outre, je suis le parrain de « l’Alliance pour l’enfance » qui compte des pouponnières à Keur Massar et Médina. L’année dernière aussi, j’ai participé à un événement de l’Empire des enfants à Sorano. Aussi, je suis dans d’autres projets en ce moment. A l’occasion des tournées locales prévues, j’aimerai m’entretenir avec les populations sur les questions de l’excision, la scolarisation des filles, les grossesses et mariages précoces. Mais également faire la de sensibilisation sur les infections sexuellement transmissibles… le tout dans le Jamdong (la paix seulement).

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